Les langoustiers de Camaret

Les origines de la pêche langoustière bretonne sont mal connues. Aucun texte ancien ne mentionne de pêcherie imprtante de crustacés sur notre littoral atlantique avant le début du XIX siècle. La première référence intéressante à la pêche des crustacés en Bretagne concerne Belle-Ile à partir de1815. On sort de la guerre et les crustacés se sont tellement multipliés sur les côtes que les gens allaient les pêcher sur les rochers . Au milieu du XIX siècle, la pêche commence à s'organiser en Bretagne atlantique principalement autour de l'archipel des Glénans. Les pêches sont importantes et de nombreux viviers sont construits dans les ports. Jusqu'à la fin du siècle, la pêche aux homards et langouste va battre son plein sur la côte de bretagne atlantique. Mais en 1892, un rapport de l'inscription maritime de Paimpol fait état d'une ressource en baisse importante. Il va être nécessaire d'aller plus loin.

Dès 1890, des sloups demi-pontés de Camaret et de Sein ont poussé jusqu'aux Glénans et belle-Ile. Mais dans les drnières aannées les chaloupes douarnenistes commencent à ramener de belles pêches du plateau de Rochebonne au large de l'ile de Ré. L'information circule vite et au printemps 1898, c'est le début de l'épopée camarétoise. Toute la flotille de langoustiers creux et demi-pontés fait voile vers le sud. Mais rapidement une évidence apparaît, les petits bateaux ouverts ne sont pas adaptés à cette pêche au large et le risque de naufrage est important. De nouveaux bateaux pontés sont rapidement mis en chantier. Le langoustier de Camaret est né en tant que type.
L'activité langoustière s'organise et devient de plus en plus spécialisée d'autant plus qu'une crise sardinière de sept années sévit au début du siècle. Par une série de coups d'audace, les pêcheurs du petit port sardinier de l'Iroise se taillent alors, en quinze années, un immense terrain, évitant ainsi l 'épuisement trop rapide des lieux de pêche prospectés: après Belle-Ile et Rochebonne, c'est au tour des Iles Scilly en 1902, puis l'Espagne, le Portugal et très vite le Maroc.

Les premières années du siècle marquent ainsi le début d'une prospérité pour Camaret qui va progressivement fonder toute son économie sur cette langoustière. Ses chantiers, dont la réputation et le nombre croissent rapidement, assurent d'emblée la totalité de l'effort de construction. Mais à l'élargissement des zones de pêche correspond une rapide évolution technique des voiliers. Les petits sloups pontés s'avèrent rapidement inadaptés aux campagnes lointaines. Le grand cotre ponté à voute longue apparaît vers 1905-1906 tandis que la première vague des dundées est lancée durant les années 1910-1911.
Dès cette époque, Camaret est le premier port de France pour la pêche des crustacés, avec un tonnage global de 285 000 kg de homards et de langoustes en 1911, soit près de trois fois plus que ses rivaus immédiats du quartier d'Audierne. Les tonnages proprement langoustiers débarqués dans le port et expédiés vers l'intérieur s'accroissent chaque année: 87 754 kg en 1913, 103 823 en 1913. En 1914, les bateaux descendent déjà jusqu'en Mauritanie et remontent des pêches toujours plus importantes. Cette année là, 158 langoustiers, jaugeant ensemble 3764 tonneaux (voir la signification). sont inscrits au quartier maritime de Camaret; le type de bateaux à vivier utilisés pour les campagnes lointaines est d'ores et déjà bien fixé. Mais la déclaration de guerre va malheureusement stopper net ce magnifique élan. Les bateaux sont désarmés à la hâte.

En 1919, au lendemain du conflit, 55 langoustiers hauturiers peuvent seuls être réarmés. La paix enfin revenue, s'ouvre alors pour la pêche camarétoise une ère d'expansion incomparable. Dans l'euphorie d'après-guerre, la demande en langoustes, mets devenus de luxe monte très vite à des niveaux jamais atteints. Ce véritable boom va apporter, de 1920 à 1930, une nouvelle prospérité à Camaret, rejaillissant sur tous les corps de métiers maritimes implantés dans la presqu'ile de Crozon. Mais ce commerce langoustier va devoir affronter la grande crise économique de 1931. Les ventes commencent à chuter de façon importante et une désaffection des hommes pour le métier de pêcheur se développe en parallèle, beaucoup préférant rejoindre la « Marine ». Ainsi en 1932, de nombreux bateaux restent à quai faute d'équipage suffisant. L'activité des chantiers camarétois s'en ressent également et certains doivent licencier. Il faudra attendre 1936 pour revoir quelques nouvelles constructions à « culs carrés » qui progressivement passeront à la motorisation, le voile ne restant qu'un apport ponctuel. Après la seconde guerre, suite à la raréfaction de la ressource, la pêche à la langouste se pratiquera de plus en plus au large de l'Afrique (Maroc et Mauritanie) et aux Antilles. Quelques bateaux continueront une pêche locale mais avec des tonnages beaucoup moins importants.

Cependant le stock de langouste verte, pêchée à de faibles profondeurs, est rapidement menacé. Il y a nécessité de prospecter de nouvelles zones de pêche et de trouver de nouveaux produits. Comme au moment de la crise de la sardine, les marins utilisent les mêmes techniques. Le lancement de la capture de la langouste rose par les Camaretois, dès 1955, va ouvrir de nouvelles zones de pêche. Ce type de pêche impose la modernisation de la flottille. Car au contraire de la langouste verte, la rose vit par des fonds importants, de l'ordre de 150 à 300m. On la capture avec des casiers en osier cylindriques, lestés et munis d'un appât. Les bateaux virent des filières de 60 à 100 casiers. Très vite, l'équipement d'un sondeur s'avère indispensable pour maîtriser les fonds accidentés, lieux d'habitat des langoustes roses. Un équipement qui permettra également d'éviter les pertes d'engins fréquentes.
C'est ainsi que dans les années 1950,les armements de Camaret et de Douarnenez lancent un nouveau type de bateau qui sera une des caractéristiques de ces ports : le Mauritanien. Les langoustiers emportent plusieurs centaines de casiers à chaque campagne. Ils sont équipés de chambres frigorifiques (de 15 à 30 tonnes) et de viviers (près de 30 tonnes) pour conserver les crustacés. La puissance du moteur est d'environ 400 chevaux. Les deux quartiers maritimes vont compter jusqu'à 50 navires de ce type et faire vivre plus d'un millier de foyers.
Les zones d'exploitation se situent au large du Sahara espagnol (Rio de Oro) et de la Mauritanie (Banc d'Arguin) qui fait partie de l'Afrique Occidentale française. Jusqu'en 1960, cette pêche évolue dans un cadre colonial, avec des négociations entre gouvernements français et espagnol. Déjà depuis 1945, les textes législatifs, différents dans chaque pays, se multiplient et évoluent vers une extension des eaux territoriales. En 1960, la Mauritanie obtient son indépendance. Elle va vendre de plus en plus cher des droits d'accès à la ressource, se doter d'une législation maritime, dès 1972, et étendre sa souveraineté sur ses eaux.
De plus la forte exploitation des fonds va également tarir la source, malgré des tentatives de prospecter d'autres lieux de pêche, en Amérique du Sud (Brésil), dans les Caraïbes notamment, sans succès réel. Ces tentatives dureront jusqu'en 1967. En 1964, il ne sont plus que quelques uns à Camaret. A partir de 1965, Camaret met des navires à sec car ils sont peu souvent adaptés à d'autres types de pêche et sont de ce fait difficilement recyclables. L'aventure durera jusqu'en 1989 à Douarnenez et un peu plus longtemps à Camaret où le dernier langoustier sera réformé en 1998 après une reconversion à la pêche côtière d'une durée de quelques années.

Sur la fin, les langoustes se pêchaient au chalut, seules les queues étaient conservées et congélées, avec pour conséquence une partie de la pêche non exploitée. Avec l'arrivée du Portugal et de l'Espagne dans la Communauté européenne, il fallut partager les zones de pêche négociées avec la Mauritanie. De plus, ces nouvelles flottilles pêchaient au filet. Il s'ensuivit une baisse de la rentabilité des navires et une surexploitation qui accélérèrent le déclin des armements

texte extrait du tome 2 de "Ar Vag - voiles au travail en Bretagne Atlantique" et du site www.bateauxdepeche.net

Pour aller plus loin :
Bien entendu la lecture de cet ouvrage "Ar Vag" tome 2 (éditions de l'Estran) souvent disponible à la consultation dans les médiathèques municipales




www.ohmonbateau.com - 2011